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Le poème de Céline Lapertot qui a précédé l’écriture de son deuxième roman, Des femmes qui dansent sous les bombes :

Celles qui vont mourir te saluent, Céline Lapertot

Je suis Jocelyne, Séraphine, Mariame, Mia,
J’ai froid dans mon corps dans mon cœur,
Mes yeux me brûlent sous ce ciel de balles qui fusent.
J’ai chaud quand c’est la guerre car elle me connaît, la guerre,
Me fusionne à mes frères et sœurs, la guerre.
Le Congo c’est moi, mon pays coule dans mes veines,
Les armes ont trop violé mon corps pour que je ne les fasse pas miennes
Dans cette armée où je peux être l’égale de l’homme.
La mort je l’embrasse je l’accueille,
J’ai Dieu dans mes lèvres et dans mes yeux
Et j’avance pas à pas dans la forêt plus vivante que jamais.
L’armée c’est moi tout entière quand mon père a pleuré ma mère massacrée,
Quand mon frère a compté ses phalanges après le passage de la machette.
Le Congo c’est moi dans ma douleur silencieuse, dans ma rigueur immobile,
Mes chants de guerrière lorsque je crie pour ma patrie.
Je chante la puissance de ma douleur
Que j’enterre au plus profond de mes viscères,
Elle ne me tiendrait plus en vie si je la faisais surgir.
Ma bataille c’est la bataille de mes sœurs qui pleurent leurs enfants
Nés trop tard ou morts trop tôt,
Mes sœurs de sang de boue et de larmes qui cheminent sous les feuilles
Et vengent les sacrifiées - femmes trop belles mais trop pauvres
Qui n’ont plus que leurs seins pour butin.
Je suis une combattante et qui touche à mon corps expire,
Je ne recule ni devant la mort ni devant les mains des hommes.
Je suis Séraphine, Jocelyne, Josiane, femme parmi les hommes,
Femme qui ne s’oublie pas mais qui s’anéantit peu à peu
Car la violence d’un pays n’a pas de sexe.

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